Les suaires du Risorgimento

On imagine que le jour de son inauguration, en 1895, ce monument en l’honneur de Cavour était recouvert d’un beau drap blanc. Ce devait être un moment sinon gai du moins solennel.

Mais la place laïque et antipapiste où trône le héros du Risorgimento est à présent bien triste. Seuls les autobus tournent autour du maître d’œuvre de l’Unité. Pour lui, pas de girotondo républicain que motiverait la défense symbolique des institutions et de la Constitution. Cavour était homme du Nord, ainsi que Mazzini. Pour avoir fait de Rome la capitale de l’Italie il n’en a pas moins ignoré la ville, à l’égard de laquelle il ne ressentait aucune attache. Rome s’active à présent dans son dos et jusque sous ses pieds.

Du monument, seule la figure majestueuse et raide de Cavour demeure aujourd’hui à l’air libre. Mais ses narines ne frémissent pas au contact des effluves du Tibre, à la différence de celles de la statue de Condillac, qui prend vie par l’odorat. Le socle du monument lévite, le sol dérobé sous lui par l’appétit des pelles excavatrices. Chacune des allégories qui l’accompagnent est emmaillotée. De sorte que le coutil blanc les dissimule non seulement au regard des passants, mais aussi l’une l’autre. Ainsi rendues aveugles les unes aux autres comme le sont les Provinces d’Italie à nouveau désunies, elles se lamentent, davantage encore que ne le feraient des pleureuses aux cheveux recouverts de cendre. Jamais statuaire ne fut plus isolée, inutile et vain ornement. Qui encore pour parler du Risorgimento?

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