Arcadies altérées

TERRITOIRES DE L'ENQUÊTE ET VOCATION DE L'ART EN ANTHROPOCÈNE

2015-2018. Durant trois ans, Matthieu Duperrex a mené une double recherche, artistique et théorique, de terrain et de pensée, sur les paysages de l’Anthropocène. Il ressort de cette entreprise d’archéologie esthétique ou bien de géologie sensible un motif, voire un paradigme de la création plastique contemporaine, « l’Arcadie altérée ». Un nouveau territoire dont Matthieu Duperrex se propose de dessiner les contours au travers d’une thèse en arts plastiques et d’une exposition monographique…

Boues rouges de Gardanne ©Matthieu Duperrex
Boues rouges de Gardanne ©Matthieu Duperrex

« Arcadies altérées. Territoires de l’enquête et vocation de l’art en Anthropocène » : thèse en arts soutenue publiquement le 7 décembre 2018.

Résumé de thèse :

À l’heure présente, la communauté scientifique des sciences de la Terre, dont les travaux permettent de définir cet âge de l’Anthropocène dans lequel nous prendrions désormais pied, se voit rejointe dans sa démarche par des intellectuels, des artistes, des architectes et/ou des activistes. Beaucoup se distinguent par leur intérêt pour l’expérience, par leur goût pour l’instrumentation, les unités de mesure, les observables, les données, les capteurs… En d’autres termes, ils font leur la nécessité de se doter d’un appareil sensible, quel qu’il soit, afin de requalifier la notion de nature

Un « art comme expérience » se présente alors en tant que connaissance par expérimentation d’une situation où l’ontologie de la relation à la nature est perturbée, altérée sinon bouleversée par l’intrusion de nouveaux êtres et par la modification conséquente de l’échelle de perception et d’action des humains. Du fait des distorsions d’échelles et de temporalités impliquées dans la notion d’Anthropocène, cette connaissance ne peut qu’être enquête. Enquête dessinant de nouveaux cosmogrammes… Si le paradigme d’un art d’investigation au sein d’écologies anthropisées prend consistance, alors il nous faudra tout réévaluer de notre approche esthétique et sensible des tremblements du monde…

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SOUTENANCE DE THÈSE
« Il n’y a point de fin en nos inquisitions ; nostre fin est en l’autre monde »
Montaigne, Les Essais, III, XIII

Matthieu Duperrex a soutenu sa thèse de doctorat en arts plastiques le 7 décembre 2018 et a obtenu son titre à l’unanimité du jury

Université de Toulouse – Jean Jaurès

Métro Mirail-Université
Amphi 4, bâtiment Olympe de Gouge
PLAN D’ACCÈS

Thèse dirigée par Frédéric Guerrin, professeur à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, et Daniel Estevez, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse

Unités de recherche :

LLA-Créatis (EA 4152) & LRA (EA 7413)

Jury composé de : 

Nathalie Blanc, directrice de recherche au CNRS 

(Université Paris 8)

Sophie Houdart, directrice de recherche au CNRS (rapporteure)

(Université Paris 10)

Olga Kisseleva, maître de conférence HDR 

(Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Bruno Latour, professeur émérite (rapporteur)

(Sciences-Po)

Andrea Urlberger, maître de conférence HDR 

(École nationale supérieure d’architecture de Toulouse)

Chef Menteur Highway, Louisiane ©Matthieu Duperrex
Chef Menteur Highway, Louisiane ©Matthieu Duperrex

L’exposition « Arcadie altérée » (3 décembre 2018/24 janvier 2019) propose aux visiteurs une exploration sensible des paysages sentinelles de l’Anthropocène…

Matthieu Duperrex, philosophe, co-fondateur et directeur artistique du collectif Urbain, trop urbain, développe des enquêtes artistiques sur l’Anthropocène, nouvel âge géologique. Sa proposition de première exposition monographique Arcadie altérée (Galerie Studio Mirail, Toulouse) prend sa source dans un travail de recherche plastique et théorique initié en 2015 dans les deltas du Mississippi et du Rhône. 

À l’heure de la catastrophe écologique, force est de constater que l’image du monde comme arcadie est altérée par une menace sourde et incorporelle : la pastorale d’antan est trouée par un tombeau qui signale une zone d’expérience dévastée. Mais plutôt que de se laisser fasciner par le gouffre de l’absence, les bergers de Nicolas Poussin en font un lieu de déchiffrement. Comme eux, Matthieu Duperrex tente d’élucider, pour les vivants, les sédimentations à l’œuvre dans la constitution de nos territoires vécus.  
Ses enquêtes sur les recouvrements qui définissent nos mondes – techniques, géologiques, végétaux, animaux, humains –  dessinent l’intérieur d’un écoumène en déliquescence, soit, mais révèlent aussi une dynamique propre à ouvrir des nouveaux paysages, sauvages et chauds. Entre sites et « non-sites » l’exposition Arcadie altérée propose un « paysage entropique » cher à Robert Smithson, l’artiste fondateur du Land Art, et invite à parcourir ce qu’il nous revient d’habiter à présent au moyen des arts de l’enquête. Les matières y interrogent le devenir sédimentaire de notre Modernité occidentale.
Notre cosmologie s’y étoffe au prisme de la question « que peut un sol ? ». Et dans le miasme des effluves pétrochimiques, persiste encore la lueur d’un milieu commun, à gagner contre la domination impériale et pour la souveraineté des territoires. Car il appartient aussi à l’art d’adjoindre ses forces à ce soulèvement tragique : avec les prises d’une pratique d’investigation au sein d’écologies anthropisées nous pouvons commencer à réévaluer notre approche esthétique et sensible des tremblements du monde…
Télécharger le cartel de présentation En lien avec le projet « Sédiment(s) »

 


PROGRAMMATION ASSOCIÉE

Jeudi 13 décembre, 17h30

Aujourd’hui Eurydice

Lecture-performance de Claire Dutrait autour de son roman Aujourd’hui Eurydice. Échanges animés par Sophie Lécole Solnychkine. [En détail ici]

Mercredi 16 janvier, 17h30

Vers un art cosmomorphe ?

Table ronde réunissant Pierre Montebello, professeur de philosophie, Cyrille Noirjean, directeur du centre d’art l’URDLA et psychanalyste, et Matthieu Duperrex. [En détail bientôt]

Jeudi 24 janvier, 17h30

Pipelines Songlines

Lecture-performance de Matthieu Duperrex. Finissage de l’exposition « Arcadie altérée ». L’élégie Pipelines Songlines fait partie d’un recueil de récits à paraître en mars-avril 2019 en double édition, chez Wildproject et La Marelle. [En détail bientôt]

Renseignements pratiques

Galerie Studio Mirail

Librairie Études

5 allée Antonio Machado

31058 Toulouse

Métro Mirail Université

Tél.: 05.61.44.18.25

www.etudesmirail.com

Visite commentée de l’exposition tous les mercredis à 12h30 ! 

Horaires d’ouverture :

– du lundi au jeudi de 9h30 à 18h

– le vendredi de 9h30 à 17h30

Fermeture pour congés du 22/12/18 au 06/01/19


ARTICLES ET NOTES

Alexandra Arènes, Cartogenèse du territoire de Belval, 2016

Organisé par l’Institut d’études transtextuelles et transculturelles (IETT) et l’Université Jean-Moulin, ce colloque international se tient les 22 et 23 mars 2018 à Lyon. Augustin Berque et John Baird Callicot y sont conférenciers invités.
Bandeau2

On lit cette enquête d’Anna Tsing parce qu’elle rend optimiste sur la possibilité d’instaurer des relations viables, quoique fragiles, dans un monde qui semblait voué à disparaitre, et que les notions mises en jeu permettent de le lire avec un œil dégagé de sa taie de fatalisme.
Kôbé, 17 janvier 1995: effondrement de l'autoroute du Hanshin

Du mercredi 30 août au mercredi 6 septembre 2017 se tient au Centre Culturel International de Cerise-La-Salle un grand colloque autour de l’œuvre d’Augustin Berque. L’objet de ce colloque n’est pas de revenir sur le concept d’anthropocène; c’est de proposer, avec la mésologie, la définition d’un autre paradigme que celui de la modernité.
Norco, Louisiane – ©Urbain, trop urbain

Et si Elisée Reclus écrivait aujourd’hui des cartes postales d’Amérique à son frère Élie ? Quelles seraient ses observations ? Une petite fiction sur le paysage et sur l’esthétique de l’anthropocène… Une communication donnée lors du colloque international « Postcard from the Anthropocene », University of Edinburgh.
Fos-sur-mer depuis la plage de Piémanson ©Urbain, trop urbain

Comment donner à voir des pollutions invisibles ? Comment les mesurer, comprendre leur nature, leur dangerosité ? Le collectif Urbain, trop urbain participe à une soirée spéciale, le vendredi 28 avril, consacrée aux manières artistiques et/ou scientifiques de nous rendre sensibles ces zones critiques où le déchet devient paysage.
Manshiyat Naser, Le Caire – ©David Degner

Pourquoi l’économie des déchets ne peut-elle se présenter, sinon de façon illusoire, comme résolution ou achèvement d’un cycle? Parce que le résidu est non seulement l’envers de la production capitaliste, mais qu’il relève aussi d’une hétérogénéité irréductible, qui exige que nous sortions des schémas de l’économie restreinte.
Homo Sapiens

Une école, un hôpital, une salle de spectacle, une prison… Ces bâtiments construits par les Homo sapiens ont été désertés et la nature y a repris ses droits. Ils accueillent désormais les vents, les pluies, la faune et la flore sans résistance. À travers une série de plans fixes, Nikolaus Geyrhalter tend ces paysages vers le spectateur comme des miroirs.
In Wildness is the Preservation of the World

Dans cette intervention fondée sur l’actualité artistique du collectif « Urbain, trop urbain”, Matthieu Duperrex esquisse certains des enjeux de la représentation contemporaine du territoire à l’intérieur du « nouveau régime sensible » de l’anthropocène.
Conférence prononcée dans le cadre de l'exposition "La sardine, le romarin et la torchère".

Lors de la seconde moitié du vingtième siècle, notamment aux États Unis, des artistes ont entrepris de faire œuvre en explorant, avec les outils qu’ils avaient à disposition – essentiellement la voiture et la photographie –, la banalité des bordures de ville et des paysages altérés par l’industrie. Le Choc pétrolier allait à son tour changer la donne et inciter au développement d’une esthétique « environnementale ». Prenant appui sur cette histoire ainsi que sur les œuvres proposées dans le cadre du projet “Port-de-Bouc, Une épopée collective”, cette conférence illustrée porte sur les enjeux de la représentation contemporaine du territoire et des récits inventés aux marges de l’urbain.

 

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