Accueil»Écritures»LANGUE URBAINE»
Chez M’ame Paulo — Relations urbaines #8

Chez M’ame Paulo — Relations urbaines #8

0
Partages

Ici, comme tous les jeudis, un instant dans une ville, de ceux qui signifient qu’on était là, pris dans la trame des mots des autres. Ici, Urbain, trop urbain les relate et rien n’aura eu lieu, que le lieu, excepté, peut-être, une constellation…


À Paris, dans la nuit — le café de M’ame Paulo. Dix mètres carrés à peine éclairés, d’une odeur âcre du temps passé, du temps pissé par combien de chats. Au gauche le comptoir. Devant, quelques tabourets hauts. Une table, deux tables. Dessus un amoncellement. Piles de journaux, vieux tissus, des verres pas lavés, pas lavés depuis longtemps déjà. Derrière la pile, une panière au fond, avec un gros chat en boule. Pas de chaise. Le sol est invisible, le plafond non plus. Derrière le bar, des bouteilles à poussière, un calendrier à jour, une photo en noir et blanc, des photos de petites filles en couleur. Et puis M’ame Paulo, toute grise dans un gros pull, recroquevillée dans ses épaules, les cheveux drus, hirsutes d’un côté, plaqués de l’autre comme un souvenir d’oreiller.

*

Il est 1h, M’ame Paulo est dans son café. Bien sûr, ça fait 50 ans qu’elle y est, derrière son bar, avec son chat et la photo de Brassens, une originale, ben oui, c’était un ami d’ son mari, M’sieur Paulo, au milieu des bouteilles. Mais ce soir, elle a le bras cassé, un gros bandage, une bandoulière. Et Augustin Legrand, qui passait par là, veut le lui faire réparer. Les bras, les moulins, les bannières, ça le connaît, cet enfant de Don Quichotte. Et M’ame Paulo, faut pas qu’elle reste comme ça, avec un seul bras, pour décapsuler les cannettes de bière. Une seule main, de 84 ans, derrière le comptoir du bar, pour décapsuler, poser, attendre, ramasser l’argent et retirer les bouteilles. Elle fait toujours comme ça M’ame Paulo. On sait jamais.

*

Mais le chat qui dort, il sait, lui.

*


*

Auparavant

Le lendemain de la veille urbaine #22: la fable

Ensuite

Bunker

1 Commentaire

  1. jl Denys
    à

    j’ai connu ce genre de personnage à Lyon, à la Croix Rousse. Des personnes hors de tout et de tous …

Commenter cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>