Un musée des civilisations méditerranéennes… Une capitale européenne de la culture… Une fois de plus les regards se tournent vers Marseille. Fidèles à une approche modeste et créative, le pôle web et ARTE Radio proposent une fresque interactive, un « Carnet de ville » en images et en sons. Plutôt que d’emboucher les trompettes de la promotion ou du dénigrement, les auteurs ont arpenté la ville à hauteur d’habitant. Urbain, trop urbain a assuré l’étude d’avant-projet, le conseil éditorial et la rédaction des textes.
À vous de croiser l’écoute de deux femmes de radio, Jeanne Robet et Caroline Fontana, aux visions du dessinateur Thomas Azuélos. Entendre l’humour et les conflits, peindre les atmosphères chatoyantes comme les blessures d’une ville…
Apprendre, sans la recouvrir d’analyse ni de commentaires, une certaine musique de Marseille… Le MuCEM, jusque dans son bâtiment, cristallise l’élégance d’une métropole européenne qui ne ressemble à aucune autre. La porte d’entrée est une ville d’exils et de mutations, de refuges et de tumultes : Marseille se dévoile à qui veut l’entendre.

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Géographie du sentiment

Vous ne dominerez pas Marseille. Vous pourrez toujours gravir le Roucas-Blanc, aller à Notre-Dame de la Garde, embrasser son anse maritime depuis les îles du Frioul ou même superviser la logistique des conteneurs depuis les écrans bleus de la tour CMA-CGM, rien n’y fera. Il vous faudra plutôt improviser avec elle une relation, à la fois intime et en retrait pudique. Car c’est votre propre fragilité que vous mirez dans la ville. Le philtre d’amour de Marseille agira en dehors des cadres préfabriqués, avec une dose de bricolage et de récup’. Seule cité antique dont le patrimoine ne vous accable pas de ses magnificences, Marseille perdure sans dessein assigné. Lovée sous le moutonnement des roches, elle vous invite au sentiment géographique.

Histoire d’altérités

Marseille est une ville minérale et sans beaucoup d’oiseaux. Les lazzis et mélopées que le Mistral colporte sont plutôt ceux des troubadours, gnaouas, raïssas ou rappeurs. Par-delà la musique, les héritages migratoires du port méditerranéen demeurent encore vivifiés par la mondialisation discrète du petit commerce pendulaire. Si le brassage n’est jamais loin du grotesque, c’est parce que sous les histoires marseillaises se déploie le secret des trafics érigés ici en véritable culture urbaine. Marseille secrète ! L’important, c’est ce qu’il y a dans les lézardes de la façade, cette altérité dans la ville, et de la ville à elle-même… Jusqu’à ce qu’on mette à jour ses vilaines enclaves, les poches d’enfermement qui démentent la sacro-sainte « mixité ».

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La langue et le territoire

L’urbanité de Marseille est double. Il y a ce que les habitants partagent et qui leur devient commun. Et il y a les partages que les habitants constatent, et qui les séparent. Historiquement, la cité phocéenne a entretenu de joyeux contrepoints à l’ordre régulier des villes. Romano-byzantin, classique, provençal, Empire, moderne… tous les styles paraissent ici empruntés, de traviole, mal assis. Mais alors que les travaux du plus grand projet urbain d’Europe éventrent son sol, Marseille redécouvre son territoire en forme d’archipels, et avec lui ses cloisonnements, ses exclusions et ses tiers lieux. Cramoisie, fluide, collante aux tympans, avec une légère résonnance en basse qui annonce la bourrasque : la langue électrique de la ville est à elle seule une dénonciation de l’injustice spatiale.

Le chœur urbain

Les quartiers de Marseille changent de mains. « Demain ici » s’affiche en grandes lettres rouges jusque sur le Vieux-Port. Quais d’Arenc, docks de la Joliette, Silo, voûtes de la Major, Saint-Charles, Porte d’Aix, Hôtel-Dieu, Prado, Saint-Just, Huveaune… Les toponymes se succèdent dans une litanie aménageuse. Chacun sait que la forme d’une ville change plus vite que le cœur d’un mortel. Et cependant, les attachements ne se dénouent pas, ils perdurent par-delà les transformations. Peut-être est-ce cette insaisissable culture méditerranéenne qui s’exprime malgré les changements du monde, le monde lointain comme l’environnant ? Chaque Marseillais croit entendre susurrer cette culture en lui ; que plusieurs la clament ou la réclament, et c’est la cacophonie !


Découvrir la fresque interactive et sonore