Le grand plateau d’exposition du MuCEM (Marseille) accueille à compter du mois de mars 2017 une exposition consacrée à l’économie des déchets en Méditerranée, avec un angle de présentation inédit, fondé sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Égypte, en Italie, en  Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France… Le collectif Urbain, trop urbain a pris part à son élaboration, dès le printemps 2015, au sein de l’équipe de direction artistique et de scénographie.

Vies d’ordures. De l’économie des déchets (MuCEM, du 22 mars au 14 août 2017)
Commissaire général : Denis Chevallier, ethnologue, conservateur général au Mucem
Commissaire associé : Yann-Philippe Tastevin, ethnologue au CNRS
Direction artistique et scénographie : Encore Heureux, bkclub Architectes, Urbain, trop urbain
Graphisme de l’exposition : Patrick Lindsay
Artistes associés : David Degner, Stefanos Mangriotis, Bastien Massot, Lucy et Jorge Orta, Frank Pourcel, Lionel Sabatté et Nils Völker
Chercheurs associés : Bénédicte Florin, Jamie Furniss, Pascal Garret et Lucile Gruntz
Comité scientifique : Sabine Barles, Tatiana Benfoughal, Gerard Bertolini, Sylvie Bredeloup, Delphine Corteel, Octave Debary, Jean-Baptiste Fressoz, François Galgani, Emmanuel Grimaud, Frédéric Joulian, Serge Latouche, Baptiste Monsaingeon et Yoann Moreau

Balles de fripes à Tunis ©Stefanos Magriotis
Balles de fripes à Tunis ©Stefanos Mangriotis

L’exposition « Vies d’ordures » propose un voyage autour de la Méditerranée à la découverte des gestes, des hommes et des femmes qui vivent des déchets…

Montrer comment on les collecte, on les trie, on les transforme, avec l’inventivité de la nécessité, c’est dessiner tout un monde d’échanges et de transferts autour de ces restes qui s’avèrent bien davantage que de simples rebuts.

Par les bricolages et les détournements mais aussi les traitements de haute-technologie dont ils font l’objet, les déchets donnent ainsi forme à nos paysages contemporains et à nos relations sociales, économiques et politiques.
Car telles sont peut-être les ruses des détritus : ils combinent leurs vies aux nôtres jusqu’à nous paraître familiers, en dépit du monde inhabitable qu’ils composent avec nous.

Comment faire une belle exposition avec des déchets, qui s’offrent à nos perceptions comme sales, malpropres, immondes, toxiques…
lorsqu’ils ne sont pas invisibles, inconvenants, inavouables ou incommensurables ?

Au rebut, l’esthétique catastrophiste, mélancolique et dépressive, qui ferait du monde entier et de ses habitants de vulgaires déchets. Exit ! la pensée du progrès qui toujours laisse croire à des futurs bien trop lisses et réglés pour prendre en compte notre immonde sujet – l’ordure. Que reste-t-il ? De l’informe, du rejeté, du cassé, du délaissé, du disséminé, du polluant, de l’enfoui qui resurgit… mais qui ne s’expose pas. C’est là le paradoxe de cette exposition : tenter de montrer des objets par nature insaisissables, car toujours, à la fin, laissés pour compte.
Prenant acte de la méthode de l’enquête-collecte du MuCEM, nous nous sommes rappelé que le propre du sale est de laisser des traces. Alors nous avons « tracé » l’objet, de sa production à sa consommation, de sa consommation à sa déjection, de sa déjection à sa récupération, à son réemploi, à son recyclage, puis à son rejet à nouveau. Nous avions enfin une piste qui nous permettait de relier le local au global et de rendre compte des boucles de rétroactions que provoquent les activités humaines sur la planète.
Nous pouvions suivre les lignes de partage que dessinent ces parcours d’objets entre les mondes formels et informels des échanges économiques. Nous pouvions les croiser avec celles des modes de gestion, plus ou moins froids ou chauds, plus ou moins délégués ou bricolés, plus ou moins insanes pour les collectifs humains et non-humains. Et l’esthétique dans tout cela ? Elle a consisté à rendre sensible au propre de l’homme, qui ne sait quoi faire du sale, et au propre du sale, qui est de témoigner de la présence de l’homme.
Fonte d'alu au Caire @David Degner
Fonte d’alu au Caire @David Degner
Démantèlement de navire en Turquie @Franck Pourcel
Démantèlement de navire en Turquie @Franck Pourcel

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DIRECTION ARTISTIQUE
ENCORE HEUREUX, fondé à Paris par Nicola Delon et Julien Choppin, est une agence d’architecture qui intervient dans les champs de l’architecture, du design et de l’installation artistique depuis 2001. Elle est lauréate des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes – distinction du Ministère de la Culture – en 2006. Elle a livré plusieurs équipements culturels ou tertiaires, publics et privés, (salle de concert, cinéma, musée, centres d’innovations). Parallèlement ENCORE HEUREUX conçoit des performances, des jeux, du mobilier, des livres et des expositions. Revendiquant une pratique généraliste de l’architecture, l’agence s’est distinguée en 2014 en étant commissaire scientifique de l’exposition Matière Grise, au Pavillon de l’Arsenal à Paris, et auteur d’un ouvrage collectif sur le réemploi des matériaux de construction ; En 2016, Sébastien Eymard rejoint l’aventure comme troisième associé et l’équipe s’agrandit pour rassembler aujourd’hui une quinzaine de concepteurs d’horizons variés. http://encoreheureux.org/ | bkclub Architectes est un atelier d’architecture fondé en 2016 par Clotilde Berrou et Marc Kauffmann. Après 15 ans de pratique au sein d’autres agences sur des méga-bâtiments (Friche de la Belle de Mai & Centre National des Arts du Cirque), ils développent des projets, à partir de la singularité du patrimoine et des situations. Ils cherchent un regard attentif et bienveillant pour trouver les ressources disponibles, sources de récits et matières à construction. Cela suppose de considérer les lieux, parfois déshérités, d’y voir les rites ordinaires, d’en écouter les histoires, les frustrations comme les espoirs, afin qu’à chaque niveau d’intervention, du détail au bâtiment, le projet trouve son terreau fertile et inattendu. http://bkclub.fr/L-agence | Urbain, trop urbain, composé pour l’occasion de Matthieu Duperrex, Claire Dutrait et François Dutrait, propose depuis 2010 de saisir les métamorphoses actuelles de la ville et du monde par des pratiques artistiques et culturelles résolument subjectives, qu’elles soient poétiques ou réflexives. Par son ingénierie d’écriture, le collectif accompagne notamment des chercheurs pour la “traduction” de leurs travaux au service d’un public large. http://www.urbain-trop-urbain.fr

ARTICLES ET NOTES

Entrée d’exposition avec l’œuvre de Nils Völker, Sixty, 2017 — ©Matthieu Duperrex

L’exposition-recherche présentée au MuCEM de mars à août 2017, intitulée « Vies d’ordures » traite de l’économie des déchets en Méditerranée. Elle raconte nos modes d’échanges avec les déchets, ce qui circule de nous à eux, l’énergie qu’ils nous font dépenser et celle qu’ils nous font gagner, les spéculations dont ils font l’objet, les pertes irrémédiables qu’ils génèrent, et nous avec.
Pickup à Manshayet Nasr, le Caire ©David Degner

Le MuCEM accueille une exposition consacrée à l’économie des déchets en Méditerranée, avec un angle de présentation inédit, fondé sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Égypte, en Italie, en Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France…
Le MuCEM

Urbain, trop urbain a le plaisir d’être lauréat, en compagnie de Encore heureux, mandataire, Collectif Etc & Genghis Studio, d’une direction artistique et scénographique au MuCEM.