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Terre ! Terre ! Une trouée dans le ciel politique avec les Gilets jaunes et les Climatiques

Terre ! Terre ! Une trouée dans le ciel politique avec les Gilets jaunes et les Climatiques

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Il y a un an tout juste, Bruno Latour publiait un opuscule de quelque 150 pages – Où atterrir ? Comment s’orienter en politiqueincisif au point que certains le prirent pour un pamphlet. Et il est vrai que ses accents voltairiens ont pu faire penser au Traité sur la tolérance. Avec la même efficace que celui du philosophe des Lumières, cet ouvrage dessine des lignes de partage entre mondes anciens et à venir avant-même que ne soit déclaré le nouveau régime.

À l’heure où nous pourrions croire que la plus grande confusion politique règne dans notre pays, je souhaite me servir de la table d’orientation proposée par ce guide de trekking politique pour situer les mouvements des gilets jaunes et des marches pour le climat… et pourquoi pas, dessiner les contours d’une révolution !

 

Table d’orientation – un paysage déboussolé
droite / gauche – local / global – gilets jaunes / climatiques

Car si chacun s’accordera certainement pour affirmer qu’il y a mouvements, il n’est pas facile de savoir où ils vont. Tout ce qu’on sait dire pour le moment, c’est qu’ils ne vont pas dans le sens du progrès tel qu’on le définit d’ordinaire depuis la grande Révolution. Et des commentateurs de souligner le caractère nationaliste des uns et décroissant des autres, comme si ces mouvements étaient de simples reculs vis-à-vis de la Modernité. Et des politiques de répondre au mouvement des Jaunes par des progrès fiscaux et à ceux des Climatiques par du développement durable, comme si l’enjeu était encore celui d’avancer tous ensemble vers une plus grande modernisation de la société. Sauf que ces réponses n’ont pas grand chose à voir avec les questions posées, à savoir : comment rendre les territoires habitables, pour les Gilets jaunes, comment garder la Terre habitable, pour les Climatiques. Avec une injonction commune : prenez-soin de nos moyens de subsistance.

Par une démonstration à laquelle j’invite la lectrice de ces lignes à se référer, et quelques schémas (reproduits ci-dessous), le philosophe de l’anthropocène montre que nous sommes en cours de bascule entre un monde orienté vers la Modernité, sur un axe local-global, et un autre monde, orienté quant à lui vers le terrestre sur un axe désinhibition-attachements.

Nous y comprenons, par exemple par la figure 1, que la table d’orientation de la politique de la Modernité se caractérisait par un sens du progrès, vers lequel se sont ruées droites et gauches (progrès économique pour la droite ; progrès sociétal et moral pour la gauche), avec un repoussoir constitué par un certain sens du conservatisme : la gauche conspuant le conservatisme moral et sociétal de la droite alors que la droite tentait d’éliminer le protectionnisme économique de la gauche. On reconnaît ces partitions dans lesquelles se sont jouées les petites musiques politiques du 20esiècle, et dont d’aucuns ne savent plus faire que des rengaines. Ce schéma indique à mon sens très bien quels attracteurs influencent les gouvernements en Europe encore aujourd’hui : progrès technique, protectionnisme, réformes et reculs… toute la rhétorique des politiques et de leurs commentateurs est axée par l’idée de progrès. Il est à noter au passage que leurs opposants se repèrent très vite par le refus du progrès et par un désir de retour au local ou au national, la croissance, la prise, la sortie de l’Europe et du global… à savoir, donc, par un refus des avancées modernes.

Ce que dénoncent les Gilets comme les Climatiques, c’est la position « hors-sol » de ceux à qui ils s’opposent, leur caractère désinhibé, indifférent, négligent et froid.
Avant d’aller plus loin, mettons-nous d’accord sur le caractère schématique de l’approche, qui ne dit pas l’ensemble des positionnements infiniment plus fins au sein des gauches, des droites, des nationalismes, des anarchismes et des libertarismes etc. Rappelons donc que nous avons à faire à une table d’orientation à très gros pixels, qui ne rend pas compte de la précision des courants, des fleuves, des mouvements politiques qui ont traversé le paysage depuis le début de la Modernité à savoir depuis le nouveau régime (par opposition à l’ancien régime), non que cette table d’orientation les nie ou les ignore, mais elle n’a pas la définition nécessaire pour saisir ces phénomènes, car là n’est pas ce qui est en jeu ici. L’enjeu est bien de saisir ce qu’il y avait de commun entre les opposants politiques depuis 240 ans, et pour ce faire, la prise de recul est nécessaire. Et ce que tous ces mouvements politiques ont de commun est donc que tous se situent autour de l’axe local/global, qui leur donne leur sens et leur orientation.

Or, on remarquera que les Gilets jaunes ou les Climatiques ne se situent pas entièrement autour de cet axe. Les Gilets jaunes veulent de la justice sociale, ne pas être exclus, et que leurs territoires soient pris en compte comme étant valables et égaux aux autres. Les Climatiques non plus ne demandent pas davantage de progrès. Eux aussi manifestent pour davantage de justice, qu’ils appelleront environnementale, davantage d’inclusion d’espèces du vivant pour aménager les territoires, davantage de considération des milieux, qui, tous, doivent être considérés comme valables et à l’égal des autres. Des commentateurs, des politiques, et des acteurs eux-mêmes de ces mouvements, prenant les vieux syntagmes laissés à disposition, réclameront davantage de « pouvoir d’achat » pour les uns, ou « développement durable » pour les autres. Ce sont là des locutions anciennes permettant peut-être un temps de faciliter la compréhension de ces mouvements. Mais les Gilets jaunes demandent du « pouvoir », de la considération, de la reconnaissance, pour eux et leurs territoires. Les Climatiques demandent du « durable », à savoir de l’assumable, du responsable, pour leur vie (sans être empoisonnés aux métaux lourds ou aux glyphosates) et leur Terre. « Achat » et « développement » font partie des vocables de la Modernité, mais, au regard de l’étendue des revendications, ces réponses sont infimes et ne désignent qu’un moyen parmi tant d’autres pour répondre à la demande de considération, voire ne constituent que des impasses, qui sait ?

On comprend que les politiques, les représentants et des commentateurs soient déboussolés. L’axe ancien ne fonctionne plus pour répondre aux désirs du peuple. Et comme toujours, lorsque le pouvoir ne sait plus parler… il frappe. Passons ici sur l’utilisation de la force publique aujourd’hui, qui n’assure pas la sécurité des citoyens s’exprimant sur la place publique, mais empêche de manifester un désaccord. Il y aurait de quoi documenter ce point pourtant. Prenons-le a minima comme symptôme d’un pouvoir désappointé.

Les six figures de la réorientation du paysage politique des Modernes aux Terrestres, par Bruno Latour.
Les six figures de la réorientation du paysage politique des Modernes aux Terrestres, par Bruno Latour.

Le nouveau front vers le terrestre
Terre et territoires, même combat

Or ce que dénoncent les Gilets comme les Climatiques, c’est la position « hors-sol » de ceux à qui ils s’opposent, leur caractère désinhibé, indifférent, négligent et froid. Cela constitue le repoussoir de tous les discours de tous les Gilets jaunes et de tous les Climatiques. Bien sûr qu’il est facile, d’une part de nier ce point commun et de faire comme s’il n’était pas un point commun politique au prétexte qu’il n’en a pas été un jusqu’à maintenant, et d’autre part de le déconsidérer, en rabattant ces dénonciations politiques sur des refus de modernité, et de faire passer :

– le refus de désinhibition pour un déni de liberté,

– le refus de l’indifférence pour un désir de reconnaissance infantile,

– le refus de la négligence pour un besoin de soin maladif,

– le refus de la froideur pour une défense des intérêts particuliers.

Et nous reconnaissons-là les premières réactions du gouvernement et de certains commentateurs face au mouvement des Gilets jaunes… Mais si nous prenons en compte ces discours au sérieux, comme constitués sur un nouveau front – ce qu’ils se disent être, alors se dessine ce nouvel attracteur désigné par Bruno Latour comme étant le Terrestre, où :

– le refus de désinhibition exige une prise de responsabilité, ou encore une capacité à donner une réponse à ce qui advient,

– le refus de l’indifférence impose une considération,

– le refus de la négligence a pour conséquence le soin à porter,

– le refus de la froideur se transforme en la reconnaissance de la chaleur des attachements.

Ce nouvel attracteur de la vie politique, souligne Bruno Latour, oriente vers un attachement aux territoires habités, et départage, de ce point de vue, les désinhibés d’un côté, des conscients de leurs attachements de l’autre — de la même façon que le front de modernisation départageait les conservateurs des progressistes, autrement dit les adeptes du local des adeptes du global (cf. figure 6).

Urgence d’habiter d’un côté, ruses pour composer des mondes de l’autre. Gilets jaunes et Climatiques, même combat, donc : se terrestrialiser.
On aura pu remarquer que les Gilets jaunes sont très conscients de leurs attachements au territoire, tellement attachés qu’ils s’en disent prisonniers (comme le montre par exemple le reportage de Florence Aubenas pour le Monde). Le moindre kilomètre compte dans les territoires aménagés entre le Leclerc, la bretelle d’autoroute, le bout de pavillon et le rond-point. La chaleur du mouvement des Gilets jaunes, c’est celle de la conscience aiguë des moyens de subsistance : il y est question de manger, de savoir comment viendra l’argent et d’où, de qui s’occupe des déchets pour qu’ils ne restent pas devant la porte pendant des jours, les sacs poubelles éventrés par le chien de la voisine. Il y est question de savoir ce que fera le petit après le bac, et s’il sera reçu, et où, par le logiciel infernal qui oublie ceux qui sont déjà oubliés. Les premières listes qui ont commencé à circuler juste avant qu’elles ne soient nommées « cahiers de doléances » témoignent d’une connaissance précise de l’aménagement du territoire tel qu’il a été réalisé depuis la seconde moitié du 20esiècle, faisant que toute une partie de la population n’y est pas considérée comme agissante, mais parquée.

Les Gilets jaunes, conscients de leurs attachements et (du manque) de leur moyens de subsistance, sont, par conséquent, beaucoup plus combatifs que les Climatiques. C’est que le territoire ne se rappelle pas à ces derniers avec la même urgence, ce qui leur laisse encore le loisir d’avoir des considérations assez vagues sur la planète Terre, au lieu de les amener à la considérer dans sa dimension de « zone critique » à habiter. Et puis, lorsqu’ils apprennent que l’eau qu’ils boivent, que l’air qu’ils respirent, que les aliments qu’ils mangent contiennent particules de carbone et molécules toxiques, les Climatiques savent modifier leurs comportements, s’adaptent, choisissent leurs réseaux, pour éviter le pire, au moins pour eux-mêmes. On peut de ce point de vue reconnaître aux Climatiques une connaissance précise de leurs attachements aux réseaux qui composent leurs modes de vie : réseaux d’eau, d’électricité, d’ondes, de gaz, de déchets, de fruits et de légumes, etc. – une capacité certaine à s’organiser, à réguler, et à faire reconnaître les existants qui ne sont comptés pour rien dans les circuits économiques alors qu’ils en paient le prix de la vie : les enfants des chaussures Nike, les Orangs outans de l’huile de palme, la faune raclée par les chaluts, les zones humides mises à mal par les projets d’infrastructures…

Urgence d’habiter d’un côté, ruses pour composer des mondes de l’autre. Gilets jaunes et Climatiques, même combat, donc : se terrestrialiser. La différence de vue n’est que d’échelle, l’horizon est le même :

– rendre un lieu habitable : les territoires pour les Gilets jaunes / la Terre pour les Climatiques,

– prendre en considération les hors-circuits économiques : les damnés de la Terre, humains pour les Gilets jaunes et non-humains pour les Climatiques,

– choisir ses moyens de subsistance : pour vivre / pour ne pas se faire empoisonner.

Alors, s’allier ou ne pas s’allier, entre Gilets jaunes et Climatiques ? Pour changer de régime et de direction… s’allier bien sûr ! Et pour s’en convaincre encore et écouter d’autres raisons de cette convergence d’horizon : lire ceci, ceci, et écouter cela.

Rappelons-nous : du passage de l’ancien au nouveau régime, d’abord les révolutionnaires ont foncé dans la même direction pour faire basculer l’ancien régime, puis ils ont mesuré leurs oppositions, ce qui a formé les synclinaux et les anticlinaux du paysage politique français, et les bassins versants.

Perspectives sur les oppositions d’un nouveau monde politique
terrestrialiser quoi ? désinhiber quoi ?

Il serait facile pourtant de ramener la lutte des classes, par exemple, entre les Gilets jaunes et les Climatiques pour expliquer leurs différences de vue. Mais nous l’avons montré, ces différences ne sont pas des différences d’horizon, mais d’échelle. Il pourrait être tentant aussi de considérer que Gilets jaunes et Climatiques précèdent nos futures droites et gauches du paysage politique à venir (en opposant la vision nationale du territoire à l’internationale des peuples concernés). Marche-pour-le-climat-ToulouseOn pourrait aisément les accorder sur le phénomène de la dérégulation économique, et faire des Gilets jaunes les témoins de l’explosion des inégalités, et les Climatiques, les dénonciateurs du déni du régime climatique. Mais présupposer dès aujourd’hui où se situeront les lignes de partage serait ignorer que seul le combat détermine les alliances et les dissensions réelles. Car oui, le combat a commencé, depuis longtemps dans les marches pour le climat, toutes les ZAD et les recherches alternatives qui les ont précédées ; depuis peu sur les ronds-points, mais avec une chaleur et une urgence qui décuplent la force des Gilets jaunes, comme on a pu le voir ces dernières semaines. Dans une politique-fiction que j’appelle de mes vœux, donc, Gilets jaunes et Climatiques combattraient sur le même front, renverseraient le monde des Modernes, et basculeraient dans le nouveau régime des Terrestres, et composeraient un nouveau paysage, orienté sur l’axe désinhibition-attachements vers la terrestrialisation. On y verrait des Gilets climatiques, des Climatiques jaunes, des Jaunes, des Gilets jaunes, des Climatiques, avec toutes les sédimentations des discours, des positionnements, des engagements, des inscriptions sociales, institutionnelles qui composent une révolution. C’est vite, dit, nous sommes d’accord, c’est pour décrire à grands traits l’horizon qui se dégage.

Sans présupposer qui sera de part et d’autre de l’axe de terrestrialisation, nous pouvons, en attendant, et pour mieux comprendre l’action en cours, commencer à caractériser les nouvelles polarités de la prochaine vie politique. Et pour ce faire, reprenons avec Bruno Latour ce qui distinguait la droite de la gauche jusqu’ici. Non pas pour commémorer ce temps quasi-révolu ou le plaquer sur la situation actuelle, mais pour saisir la façon dont se jouaient les oppositions de part et d’autre de l’axe de la Modernité. Car changeant de direction, nous changeons d’axe, et nous changerons aussi nos polarisations selon les préoccupations de l’époque qui s’ouvre. On a vu que, selon les grandes préoccupations modernes, qui a vu apparaitre l’individu-sujet, l’État westphalien, et l’économie productiviste, la distribution du conservatisme et du progressisme se faisait différemment selon qu’on se situait à droite ou à gauche de l’axe de modernisation. Et chaque acteur politique, chaque citoyenne, pouvait sentir que tout en étant au combat sur le front de la Modernité, une part de lui-même ou d’elle-même échappait à cette modernisation. Et chaque parti politique a composé une offre qui d’un côté allait au front de la Modernité, et de l’autre, compensait ses effets : libéralisme économique vs conservatisme moral ; libéralisation des mœurs vs protectionnisme économique ; liberté d’entreprendre vs nationalisme, etc.

De la même façon, de part et d’autre de l’axe de terrestrialisation, il y a, pour le moment, les Climatiques et les Gilets jaunes sans qu’on sache bien encore qui sont les alliés ou les opposants politiques. Nous avons vu qu’ils avaient un même horizon, et un même repoussoir. Et nous pouvons faire le pari que le paysage politique se recomposera à partir des instances représentatives qui proposeront des mises en tension entre terrestrialisation et désinhibition, de la même façon, que dans l’ancien régime des Modernes, les partis proposaient des compositions entre localismes et globalismes. Car, à y regarder de plus près, la désinhibition n’est pas le seul apanage des puissants… et lorsque Donald Trump affirme America First, il touche (jusqu’à Michel Houellebecq, ce grand sensible de la carte et du territoire) en ce que chaque humain dans le danger a un réflexe vital qui affirme : moi d’abord. Egoïsme, nimbysme, nationalisme ? Ces élans sont plus faciles à repérer chez les autres que chez soi ! Cet exemple, seulement pour montrer que le repoussoir de la désinhibition est, lui aussi, un attracteur… et qu’il vaut mieux savoir à quel endroit c’en est un pour soi pour ne pas se laisser fasciner par les figures de la pureté terrestre qui ne manqueront pas de surgir dans les temps troublés de la révolution – de la même façon que l’idéal de la rationalité du progrès a porté l’incorruptible Robespierre jusque là où on sait, après que bien d’autres y sont passés avec beaucoup moins de raison.

Il faut bien le reconnaître, la désinhibition des autres est beaucoup plus insupportable que la nôtre propre… Petit inventaire des traits de désinhibition à l’usage de chacun et de chacune, montrant leur versant le moins louable / leur versant le plus inventif :

– tous les moyens sont bons pour atteindre ce que je veux avoir (le cynique / le bricoleur),

– qu’importe l’état du monde, tant que déjà ici et maintenant, c’est bien (le nimby /  le cultivateur de son propre jardin),

– qu’importe les effets de mon action… tant que c’est utile (le productiviste / le décideur),

– c’est comme ça qu’il faut faire : je connais la situation (l’expert / le scientifique),

– je fais cela parce que je suis un être qui affirme sa liberté d’être ! (le jouisseur dans son ambiguïté).

Quel Gilet jaune, quel Climatique ne reconnaît pas ici ou là ses traits de discours ? Bien sûr qu’il sera difficile de combattre en soi et dans les autres les désinhibés… alors avant de se jeter ces anathèmes et de couper des têtes (les révolutions du 20siècle ont déjà réactivé cette geste de la Révolution française avec l’ampleur que l’on sait), utilisons une technique et un outil inventés par la dite Révolution – et qui, à force d’être patrimonialisés, n’ont encore que peu servi :

– la technique des Cahiers de doléances,

– l’outil de mesure de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Sur les Cahiers de doléances, des avancées déjà. Non, pas celles proposées en Mairie ces derniers jours par le gouvernement d’Edouard Philippe, dont on ne voit pas encore comment ils pourraient fonctionner, tant les entrées prédéterminent les réponses. Bruno Latour a précisé, à propos de ces cahiers, les listes qu’on pourrait y faire pour décrire les territoires réellement habités. Car tel est le paradoxe aujourd’hui : il n’y a jamais eu autant de politiques d’aménagement du territoire, mais les Terriens ont rarement été aussi peu conscients des moyens de subsistance qui définissent les contours réels de leurs territoires, rarement aussi peu capables de faire se coïncider les contours des zones habitées avec les frontières administratives, et rarement aussi peu attachés à défendre ce qui leur permet de rester en vie. Donc, trois types de listes avancées par le professeur à Sciences-po, Bruno Latour encore, répondant à ces questions :

– Qu’est-ce qui me permet de subsister ?

– Est-ce que je peux le décrire, le cartographier ?

– Qu’est-ce qui m’empêche d’en prendre soin ? Est-ce que je suis prêt à le défendre ?

Et alors, et seulement alors, par cette technique de liste et de positionnement, nous saurons par où nous sommes terrestrialisés, et à quelles libertés/désinhibitions nous tenons encore…

Et lorsque ce sera l’heure de définir ce que sera la liberté, la propriété, la sûreté et les conditions de résistance à l’oppression – à savoir les désinhibitions nécessaires à la survie et à la vie de l’humain et du citoyen dans le nouveau régime qui se prépare, servons-nous de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen pour mesurer la constitution de nos territoires enfin définis. Car de même que le kilogramme, le mètre et la seconde ont été inventés par les Révolutionnaires français pour éviter que seul le pouvoir dise la mesure des choses, ils ont inventé aussi cette Déclaration à cette même fin, pour la chose politique.

Et je fais le pari aujourd’hui que nous aurons à élargir l’acception de l’Humain à tous les existants qui auront su nous parler lors de l’établissement des listes précitées dans la constitution des Cahiers de doléances et que nous aurons, sans en modifier les articles, à changer le titre en : Déclaration des droits des Terrestres, des Humains et des Citoyens. Je m’en expliquerai à l’occasion…

Pour l’heure, nous avons : horizon commun, urgence de la nécessité et force de frappe, ruses du savoir-vivre et savoir-faire d’organisation, techniques de rassemblement et de réflexion, outil de mesure de l’action politique… qu’attendons-nous ? On y va ?

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Vers un art cosmomorphe ?

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