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Épilogue – la ville est une arène #10

Épilogue – la ville est une arène #10

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Son rêve raconte une histoire, il l’écrit et il la regarde en même temps se dérouler par saccades dans sa tête, comme dans les très vieux films qui tressautent dans une lumière contrastée.

C’est une histoire, c’est un rêve, mais la silhouette qu’il voit de dos lui ressemble : les épaules maigres, néanmoins très carrées. Il la voit mais il voit aussi à travers les yeux de cette silhouette – derrière elle, devant elle, en elle, omniscient.

Il a marché longtemps de la France jusqu’au bled.

Il a marché sur l’eau.

Il a renversé la science, traversé la mer pour s’en retourner à l’amour.

À son pays.

Et arrivé là-bas, il a enlevé ses chaussures pour fouler le sol de plus près, pour s’enraciner dans sa terre à nouveau.

 

Au bled, personne ne l’a reconnu.

Mais il est rentré la tête haute et un sourire apaisé et noble au coin des lèvres.

Tout le monde l’a regardé passer avec étonnement, avec une méfiance mêlée d’un peu d’admiration aussi.

Et puis Malika a frémi.

Et il l’a sentie frémir, parce que, lui, ne l’avait pas oubliée.

De très loin, comme envolé dans l’air, il a senti le tressaillement enfoui de son ventre, qui le reconnaissait.

Elle ne savait pas encore d’où lui venait cette brûlure au creux de son corps et qui la traversait de part en part.

 

Le chef l’a regardé, du haut de son âge et de son savoir et lui a demandé :

« Comment es-tu arrivé jusqu’ici ?
— 
J’ai marché sur la mer. »

Un murmure a traversé la foule assemblée autour d’eux.

Un murmure d’indignation.

Un murmure de rage.

Et un murmure inaudible, que les deux lèvres brunes de Malika ont soufflé : « Mon amour ! »

Les cafards courent en files le long du mur et viennent se loger dans l’angle décollé du papier peint de la chambre minuscule où la fenêtre a la taille d’un torchon sale. Il fait si froid que les pierres se fendent comme on dit en français. Sous ses trois couvertures de laine raide, il dort.

Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai.
— Césaire, Cahier d’un retour au pays natal

*

*

*

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La ville est une arène où les hommes sont dissous, c’est la série de l’été sur Urbain, trop urbain qui prend fin avec cet épilogue. Dix rencontres entre les textes de Jessica Bierman-Grunstein et les dessins de Sébastien Mazauric, alias Uttarayan… … l’intégrale à découvrir par ici.

Auparavant

Rosémé – la ville est une arène #9

Ensuite

Journées du film sur l’environnement

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