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La Chine en perspectives

La Chine en perspectives

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C’est depuis Hong Kong que s’élabore la revue académique « Perspectives chinoises ». Il s’agit de la plus importante et de la première[1] revue de recherche française, publiée en français et en anglais[2], entièrement consacrée à la Chine contemporaine. Le trimestriel a dépassé les 100 numéros en 2008.

Durant ses 18 années d’existence[3], la revue a accompagné les immenses mutations de la Chine et s’est même fait un honneur de constituer un arrière-fond culturel de premier ordre pour les textes critiques ou littéraires des penseurs et écrivains chinois. Nombre de textes ici publiés ont ensuite été repris en volumes. Désormais, les auteurs chinois sont mieux diffusés et « Perspectives chinoises » a resserré ses orientation sur les sciences sociales.

C’est le Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) qui pilote la revue. Établissement public de recherche original, puisque sous la double tutelle du CNRS et du Quai d’Orsay, et basé à Hong Kong dès sa création, en 1991. Quelques années, donc avant la rétrocession. Des partenariats forts avec les universités de Hong Kong et Guangzhou assurent aux chercheurs détachés au CEFC une immersion dans le milieu de la recherche chinois.

China watching

Dans le palmarès des thèmes, les articles publiés touchent aux faits de société, à la politique, à l’économie et à la culture. Taïwan et Hong Kong ont fait l’objet d’une attention particulière.

C’est d’une Chine de l’en-dehors que s’élabore le diagnostic et la lecture critique des événements et des discours de l’empire du milieu.

Sebastian Veg, rédacteur en chef adjoint, explique: «Hong Kong a depuis toujours été un avant-poste privilégié pour le « China watching ». C’est à Hong Kong, en lisant la presse chinoise, que Simon Leys a écrit « Les habits neufs du président Mao », et que nombre de chercheurs ont profité de la proximité géographique et intellectuelle avec la Chine à une époque où il n’était pas facile d’entrer en République populaire, ni d’en obtenir les publications. Aujourd’hui, Hong Kong reste dépositaire de cette mémoire, tout en s’inscrivant dans une recherche universitaire sur la Chine contemporaine qui se fait désormais à l’échelle mondiale».

Hong Kong et la Chine. Avec tout ce que le «et» peut comporter de transaction, d’exclusion, de relation. Hong Kong comme position à tenir. Avoir une position, prendre position, c’est agir et penser sous le sceau de la relation.

Relative ouverture de la Chine, circulation des contenus sur Internet, mais aussi bien meilleure diffusion de la culture et de la pluralité des voix chinoises… Hong Kong demeure malgré tout un îlot de libre pensée qui justifie encore qu’une revue telle que « Perspectives chinoises » ne se «continentalise» pas. Mais Hong Kong devient aussi, depuis la rétrocession, un laboratoire d’observation du renouvellement de la stratégie politique du pouvoir central.

«À Hong Kong, poursuit Sebastian Veg, le mouvement décrit est celui du « rollback », une tentative d’endiguement de libertés largement acquises, alors qu’en Chine on assiste globalement à l’élaboration de stratégies toujours plus perfectionnées de la part du pouvoir pour contenir les nouvelles formes d’activisme politique ou simplement d’expression».

« Perspectives chinoises » poursuit donc son méticuleux travail d’analyse et de collecte des traits sociopolitiques et des signaux faibles qui nous permettent de mieux connaître la Chine. Dans la dernière livraison de la revue, on découvre notamment combien le Hong Kong international film Festival est l’occasion de prendre le pouls du cinéma indépendant chinois et hongkongais, avec des surprises, dont récemment, la percée du documentaire réaliste ou fictionnel, dans le sillage du «Mouvement du nouveau documentaire», héritier de Tiananmen. Ces créations interrogent la matrice de l’espace public chinois, ce qui n’est pas sans nous introduire à des thématiques proches de celles de l’urbanisme. Hong Kong, donc, comme détour pour une reterritorialisation.

À l’heure où nous publions cet article, nous sommes le 10 mai en Chine. C’est la date anniversaire de la manifestation du 10 mai 1989 pour la liberté de la presse, place Tiananmen.

[1] Est apparu ensuite « Monde chinois », autre revue académique de très bon niveau, mais basée en France et éditée sous le patronage de la Documentation française.
[2] China perspectives.
[3] En 1992, « Perspectives » a pris la suite du « Bulletin français de sinologie ».

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1 Commentaire

  1. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Jeanne et aleph187b, URBAIN trop URBAIN. URBAIN trop URBAIN a dit: En mémoire de la manifestation du 10 mai 1989 pour la liberté de la presse, place Tiananmen, @urbain_ publie ça: http://ow.ly/1IO34 […]

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