Shanghai en folie, quand le Web devient une machine à écrire

Le Shanghai Nø City Guide sorti au mois de février recèle une contribution d’Omer Pesquer qui déborde la clôture du livre, fût-il numérique, pour s’exprimer pleinement sur le Web. « Shanghai en folie » est un magnifique témoignage du renouvellement de nos écritures urbaines, par jeu et essaimage.


Ceci est un témoignage sur la façon dont le Web et l’édition numérique façonnent nos échanges sur l’écriture.

Le 15 mai 2011, alors que nous avons lancé notre appel à contribution pour Shanghai Nø City Guide, nous recevons la proposition suivante d’Omer Pesquer : « Mon idée est de prendre des photos FlickR de “Shanghai” en CC-by-SA et de les “passer” dans un processus automatisé pour les “unifier”. Une sorte de re-photographie assistée par ordinateur ». Omer nous précise qu’il développerait une appli Web associée à notre parution, à l’aune de “UnTitre” qui est basée un peu sur le même principe « sauf que l’image n’est pas retraitée dans ce dernier cas », ajoute-t-il. Bien sûr, nous connaissions déjà, pour l’avoir utilisée, cette appli Web UnTitre, qui génère des fausses couvertures de livre aux titres drolatiques. Omer a aussi développé MotBot et Outrepart. Banco !

Mais en juin, lorsque nous établissons le premier chemin de fer de la revue, les choses se corsent. Nous annonçons à Omer que son projet entrera dans une séquence que nous avons baptisée Contrefaçons : « un angle de vue sur Shanghai par l’analogie, la métaphore, la duplication, la référence publicitaire, le kitch, la mondialisation par le bas (dont le marché de la contrefaçon au sens propre) ». Pour Omer, ça ne cadre pas : ce n’est pas l’angle de son travail ; bien loin de s’avancer sur le terrain du kitch, il s’oriente sur une poétique de la disparition d’un vieux monde, à la manière de Tati décrivant Paris dans Mon oncle. Photo à l’appui, Omer nous écrit « voilà d’ailleurs ce que pourrait donner le traitement des images (ici non finalisé et réalisé avec Photoshop) ».

Si nous sommes impressionnés par la virtuosité informatique d’Omer, le propos ne nous convainc pas. Nous ne nous y retrouvons pas. Tati à Shanghai ? La disparition est bien sûr un thème récurrent de la photographie de Shanghai. Il existe un livre A changing Shanghai, qui est de ce point de vue une référence incontournable. Qui plus est, non seulement nous n’avons pas de mépris critique pour les “contrefaçons” (sinon nous n’aurions pas maintenu cette catégorisation forte dans notre recueil), mais l’idée de ramener l’image au générique, par l’effet du traitement informatique, nous incite à orienter Omer sur davantage de jeu : « l’idée d’un légendage de simple attribution (l’auteur, l’année) ne satisfait pas vraiment un rapport à l’image mystérieux ou intrigant, tel que le laisse entendre la note d’intention. Veux-tu que nous réfléchissions ensemble à un corpus textuel qui vienne en parasitage des photos, comme ton application de titres de livres imaginaires le fait ? Libre de droits, il y a par exemple La Chine en folie, avec des passages réjouissants de méchanceté sur Shanghai ».

Sur ce, Omer nous laisse entendre qu’il va y réfléchir. Il tient beaucoup à sa poétique d’arrière-plan, où un monde ancien se détruit à Shanghai. Il a raison d’y tenir. L’application Web se contentera de traiter une image passée en paramètre (une URL soumise) de sorte que sa reconnaissance temporelle sera brouillée. L’interface logicielle repose sur le mix et le « mashup », ménageant un jeu sur l’identité et le droit d’auteur…

Silence radio, pendant plus d’un mois, même si Omer est toujours dans les parages. On le croise sur Twitter et Facebook où il est un fidèle compagnon de route. Et puis le 21 juillet exactement, un lien tout simplement. Omer avait créé le programme Web Shanghai en Folie, spécialement pour notre publication. Les photographies de Shanghai sont sélectionnées dans les Creative Commons de Flickr. Les fragments de texte sont extraits de la partie « Shanghai » du livre d’Albert Londres, La Chine en folie (Albin Michel, Paris, 1925). Quatre-vingt-seize photogrammes ont été générés aléatoirement, et dans Shanghai Nø City Guide nous publions un « récit » d’une extraordinaire modernité, composé à partir de vingt-quatre de ces photogrammes, « en référence au nombre de photogrammes par seconde dans un film », ajoute le génial Omer.

Lisez sa contribution, elle s’appelle « Banque, Bank, Banking, Banco » — un extrait ci-dessous — et puis jouez à volonté avec cette application Web. Quand on vous dit que l’édition numérique c’est un plaisir !

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