Du vert à tous les étages, l’agriculture urbaine à Bangkok

Si elle est mieux connue pour ses gratte-ciels, la mégapole de Bangkok réserve aussi quelques surprises en matière d’agriculture. Qu’on jette un coup d’œil au-delà du parapet d’une autoroute urbaine où qu’on lève un peu le nez du bitume, on peut parfois apercevoir quelques tâches vertes, quelques signes épars d’une végétation qui parait résister aux chevaux-vapeur encrassés et au béton qui s’élève, jour et nuit, au rythme d’une urbanisation galopante.

Ainsi, à quelques centaines de mètres d’une des voies express de la ville c’est une parcelle irriguée qui attire le regard. Quelques agriculteurs y pratiquent encore du maraîchage : un système de culture présent ici depuis une soixantaine d’année et qui a remplacé la riziculture.

Puisant l’eau d’un canal qui traverse Bangkok et arrosant manuellement avec une pelle d’irrigation, on cultive ici piments, melons d’eau, goyaves ou bananes tout en utilisant des engrais chimiques.

Un peu plus loin, changement brusque de décor sans toutefois changer d’époque : le Bangsai Agriculture Center est pour sa part une ferme hydroponique (hors-sol) tout ce qu’il y a de plus High-tech. Les graines sont ici semées dans un substrat neutre, puis arrosées d’une solution nutritive sous des serres. Cette technologie permet ainsi d’obtenir sur une petite surface des rendements particulièrement élevés pour la culture de bon nombre de variétés de salades et de choux, ensuite vendus à des détaillants. Si le procédé semble évidemment attrayant lorsqu’on place ces rendements face aux besoins d’une population grandissante, il présente toutefois de sérieux désavantages, notamment par sa forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles, avec une grosse consommation de matière plastique.

Mais c’est au sommet de certains toits qu’on trouve les initiatives les plus surprenantes et les plus intéressantes, à savoir la mise en place de véritables jardins suspendus. Le toit du Laksi District Office a ainsi été aménagé en potager. Plusieurs dizaines de variétés de légumes et de fruits (choux, tomates, salades…) y sont cultivées dans de grands bacs en bois, suivant les principes de l’agriculture biologique. L’engrais y est d’ailleurs préparé avec des racines de bananiers, lesquels sont plantés afin de créer un écran naturel protégeant du vent qui souffle à cette hauteur au risque d’endommager les cultures.

Loin d’être uniquement le lieu d’une production agricole destinée aux employés travaillant dans ce bâtiment administratif ce jardin présente aussi la particularité d’être ouvert aux habitants de la ville qui veulent s’approvisionner en légumes ou bénéficier de conseils sur le jardinage pour démarrer quelques plantations sur un toit ou un balcon.

Des présentations sont également dispensées à des étudiants de l’Université Chulalongkorn qui découvrent ainsi comment installer et favoriser le développement de cette pratique dans une mégapole telle que Bangkok.

Favorisant une alimentation variée et de qualité mais aussi des circuits courts dans un environnement urbain, cette initiative a pour autre avantage de diminuer le réchauffement climatique en réduisant l’effet d’albedo du toit et contribue également à réduire la température intérieure du bâtiment.

Si elle demeure aujourd’hui isolée, cette méthode pourrait bien avoir de beaux jours devant elle…

Elle a d’ailleurs déjà fait des petits avec la mise en place d’un jardin sur le toit de l’hôtel Pranakorn Nornlen qui régale en partie ses clients avec sa propre production…

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NDLR : Christophe Boëte est photographe indépendant. Son goût pour l’itinérance l’a amené à réaliser des reportages dans de nombreuses villes. Il expose régulièrement à Paris, mais ses photographies ont aussi été présentées en Pologne, au Cambodge, aux États-Unis ou encore en Tanzanie. Nous vous invitons chaudement à découvrir son site Internet !

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