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poésie

Frédéric Malenfer, Périphérique de Toulouse, janvier 2014

Un pneu avait passé la glissière et se trouvait, là, désolidarisé du véhicule qui l’avait éjecté. Longtemps après les sirènes, la vieille rassembla son bouquet, et dans un geste ancestral, en déposa sur le pneu l’une des fleurs.
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Il faut bien réfléchir où poser ses pieds, entre les flaques d’eau croupie, la terre battue et les légumes posés au sol; les enfants courent en mangeant des gelées rouge sang surmontées d’une pointe de blancs en neige qui dégouline au soleil.
Charles Demuth — Figure 5 in Gold — 1927

Ils disent l’époque des télécommunications et des enseignes lumineuses: «Bébé Cadum vous souhaite bon voyage / Merci, Michelin, pour quand je rentrerai / Comme les fétiches nègres dans la brousse / Les pompes à essence sont nues». Ils disent les voyages en transatlantique, les prospectus, les sténo-dactylographes ou les aérodromes: «La religion seule est restée toute neuve la religion / Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation».
Ruines

Un jour viendra peut-être où sur les ruines/ Des monuments romains/ Pèseront les troupeaux, et où les sept collines/ Subiront la charrue; peu de soleils/ Auront tourné, peut-être, avant que le renard/ N’habite les cités latines et que les arbres/ Ténébreux ne murmurent dans leurs enceintes…

Tant qu’il y aura des points de vue avec accès payant sur bijoux de pacotilles, tant qu’il y aura des entrées gratuites pour les enfants le long de cette artère fourmillante et crasseuse, tant qu’il y aura l’apéro offert au groupe en terrasse devant la façade 1933 d’un superbe immeuble de rapport, tant qu’il y aura le quartier libre dans la rue commerçante, ancienne Rue de l’église dédiée au roi, tant qu’il y aura des bus sightseeing avec écouteurs à brancher dans le siège mais sans musique…
Shadows on skyline

Nuit. Chambre d’hôtel. Regard sur la baie de Hong Kong. Sonnerie du téléphone – AYA rouge en lettres majuscules– «Allô?» –couronne rouge sur une tour– «Oh salut! Comment tu vas? Enfin, bonsoir! ici… il est 11h, oui. J’ai la skyline sous les yeux, c’est… Ah?» –comme une tasse verte sur une autre– «…………..……… Oh non… c’est pas vrai…» –enseignes en blanc phosphorescent– «Ce matin ?……………………….. C’est pas vrai…»
tokyo_pmenard

Au début, c’est comme une distraction nouvelle. La ville ne construit pas son identité urbaine sur le passé mais sur le futur. L’épreuve de force est raisonnable. Une façon généreuse et risquée d’habiter le monde: comme chaque fois que le désir nous anime. La volonté de laisser un souvenir impérissable, faisons-le aussi pour l’énergie du futur.
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Je me souviens de «La vie mode d’emploi» de Perec, et pour lui, Hong Kong c’est l’enfer. Je me souviens des «miroirs profonds» et «des riches plafonds» de Baudelaire, et pour lui, Hong Kong c’est l’enfer.
Peur sur la ville

Dans Macau voisine, à quelque 60 kilomètres en ferry, je sais qu’il y a Gloria Vancouver. Gloria au regard vide. Gloria que possède la démence du souvenir d’un génocide. Breughel a pris soin de la mettre sous la protection de sœurs heureusement indifférentes parce que vénales, dans un fragile asile.
Triporteur

Je vais à une population que ma population d’à présent cache et dérobe je vais à une population de derrière ma population à qui par celle-ci la route sera alors ouverte.